Discours de l'Inauguration
L’exposition est organisée par
le Lycée Français
et l’Alliance Française d’Alicante,
et proposée par
le Ministère des Affaires étrangères
et la Cité internationale de la BD et de l’image
Cette exposition a pour nous un triple objectif: d’abord, le plaisir. Partager et faire découvrir un goût, une passion, pour un moyen d’expression souvent drôle, parfois touchant, qui laisse rarement indifférent. Ensuite: la culture. Permettre de connaître ou d’approfondir la connaissance d’une création francophone originale, significative, unique en son genre. Enfin, et surtout, pour nous professeurs: l’éducation. Cette exposition fait partie d’un projet pédagogique plus vaste initié cette année, et en cours d’expérimentation dans plusieurs lycées français de la côte du Levant, qui comprend également un Prix de la BD décerné par certaines classes de collège et lycée, et la création de clubs ou d’ateliers. De manière générale, nous voudrions explorer les possibilités qu’offre la BD comme support pédagogique.
Nous vous présentons donc ici une exposition qui retrace, comme dit le descriptif «les étapes de l’histoire d’un art qui connaît une notoriété unique en France, en Europe et sans doute dans le monde».
Mais la Bande dessinée est-elle vraiment un Art? Est-ce un langage universel ou bien un ersatz de littérature pour analphabètes?
Il me semble intéressant de profiter de l’occasion pour répondre un peu à cette question.
Si l’on ne tient pas compte des histoires que racontaient les Mayas, les Égyptiens, ou même nos ancêtres sur les parois des cavernes, on peut dire que la BD est en tout cas un art récent, un art neuf, comme le cinéma et la photographie. Mais il est évident qu’il est bien moins reconnu que ces deux autres moyens d’expression. On dit par exemple que la BD est le «9è art», le huitième étant la radio ou la télévision, qui viennent bien après chronologiquement, et dont le statut artistique me semble personnellement encore plus douteux.
Comme le cinéma, la BD est un art populaire, et cela explique en partie cette reconnaissance difficile, par les instances académiques, par l’élite culturelle. Et l’industrie de la BD n’a pas l’importance financière de celle du cinéma, même si, aujourd’hui, on peut vendre à plus de 700 000 € un original d’Hergé.
Plus grave, la BD, proche en cela du cinéma, peut choquer les tenants de la tradition, écrite, littéraire, parce qu’elle mêle le texte et l’image, comme la littérature enfantine. On entend encore très souvent l’idée que la BD, c’est pour les enfants. D’ailleurs, l’expression BD «pour adulte» désigne les œuvres pornographiques, cachées en haut des rayonnages des librairies. Pourtant, un bref regard sur l’iconographie dans notre culture nous montre des œuvres majeures comme la colonne Trajan, les enluminures, les vitraux, qui utilisent le même procédé, le mélange de textes et d’images, et n’ont rien d’enfantin.
Il est vrai en revanche que le genre dominant de la BD, depuis son origine, est le genre comique (d’où son nom en anglais et en espagnol), et la séquence la plus représentative de la BD reste le gag en une page ou en 4 cases, lié à sa publication originale dans les revues. Cela ne fait pas très sérieux.
Un autre aspect plus profond explique le dénigrement dont peut être victime la BD: son côté subversif. Les spécialistes ont noté que le personnage de base de la BD, depuis son origine, c’est le voyou, un personnage peu recommandable, voleur, escroc, ou simplement un gamin qui fait des bêtises et a des problèmes avec l’autorité, la police, qui est tournée en ridicule; cf. les Pieds Nickelés, Quick et Flupke, Gaston, etc.
Le lecteur est donc assimilé au personnage. La BD, c’est pour les cancres, ceux qui traînent dans la rue, font les 400 coups. Un psychiatre américain, au temps de la chasse aux sorcières, a d’ailleurs consacré sa vie à démontrer les effets néfastes des comics sur la jeunesse.
Mais la BD est aussi un instrument de propagande, et un vecteur de normalité, voire de préjugés (sexistes, etc.), comme cela a été reproché en particulier aux auteurs belges, et Hergé le premier.
Aujourd’hui, la BD a ses classiques, son underground, ses labels indépendants, sa nouvelle vague. Elle a ses genres, ses codes, et un langage propre de plus en plus complexe.
On a ainsi définit la BD comme un «art séquentiel», fait d’«images narratives», d’images qui racontent, mais qui doivent se lire en séquences, dans un enchaînement qui nécessite des procédés narratifs complexes, comme l’ellipse. Cela la distingue nettement du cinéma, de la photographie, des autres genres iconographiques, faits d’images fixes ou en mouvement: elle est entre les deux. Cela la distingue aussi nettement des récits purement verbaux. Mais il reste vrai qu’elle est au fond de la même nature que la signalétique universelle qu’on trouve dans les consignes de sécurité.
La BD s’est aussi rapproché des autres arts. Certains auteurs font des aquarelles, des gravures, ou du véritable roman en image, avec une documentation impressionnante sur les périodes historiques, comme Bourgeon ou Tardi. La BD, aujourd’hui, inspire les autres arts: les décors de films de science fiction, les costumes de ballet sont créés par des dessinateurs comme Bilal, Moebius ou Mézières. Pourtant, on voit en regardant les biographies, que beaucoup de dessinateurs de BD sont en réalité des peintres frustrés, cf. Hergé, Cuvelier. La peinture ne nourrissant pas, on fait de la BD, d’abord pour des raisons alimentaires.
Aujourd’hui, et depuis les années 70, on peut dire que la BD a gagné en reconnaissance, auprès des spécialistes, des universitaires, du public, elle a droit à ses expositions, celle-ci en est la preuve, ses musées, ses festivals (Angoulême, depuis 1974). Mais elle reste pour beaucoup marginalisée, réservée à un public de fan, et doit donc encore aujourd’hui être promue et surtout utilisée: comme support pédagogique, comme objet de critiques, d’analyses, d’études, qui restent pour l’instant très peu nombreuses.
Notre objectif est donc de montrer à nos élèves que les adultes lisent des BD, qu’il n’y a pas que Titeuf, les aider à accéder à des univers et des langages complexes pour les non initiés, et dans une société de l’image, pour ne pas dire du spectacle, comme la nôtre, il semble primordial d’offrir à nos élèves les moyens de lire, décoder, manipuler ces nouveaux langages, pour s’enrichir, comprendre, et s’exprimer.
Je vais maintenant vous présenter le plus rapidement possible cette exposition, pour ne pas user trop de votre patience, mais pour donner aussi quelques clés de lecture, insister sur certains aspects qui me semblent importants.
Cette exposition est constituée de 35 planches d’auteurs francophones, c’est-à-dire belges et français, qui vont de 1894 à 1993. Il y a deux exceptions: l’une est en flamand, celle de Bob et Bobette, et l’autre, celle des Pieds Nickelés est plutôt un crayonné, ou l’on voit des traces d’ébauches, et en espagnol (mais parce qu’elle se passe en Espagne).
Ce qu’on appelle une planche originale est la dernière étape dans la création d’une page de BD, l’état définitif, juste avant l’envoi à l’impression (plus éventuellement la mise en couleur et l’ajout du texte). Elles portent parfois dans les marges des indications techniques. Le crayonné se situe avant, c’est en quelque sorte l’ébauche, le brouillon. Certains auteurs, comme Reiser, et son successeur Joann Sfar, travaillent sans crayonnés.
Le statut de la planche, de ces originaux, en dit long tout d’abord sur la considération pour les dessinateurs de BD, et sur l’évolution du métier. Pendant longtemps, on les détruisait simplement, ou on les recyclait, et certaines planches ici portent les marques d’une restauration, elles ont dû être remontées, comme celle de Cuvelier. Aujourd’hui, en revanche, une planche originale d’auteur se vend comme une véritable œuvre d’art.
Une planche, c’est peu pour un album qui compte en moyenne 40 pages ou plus, et pour des séries d’albums qui peuvent compter plus de cents numéros. Mais c’est déjà très instructif, en particulier sur le travail de création, de minutie, de détail ou de composition de chaque auteur. Certes, cette exposition ne permet pas de se faire une idée très précise de l’œuvre de chacun de ces auteurs, puisqu’il faudrait pour cela lire un album entier au moins, mais elle est l’occasion de monter la diversité et l’évolution de cet art en France et en Belgique sur cent ans.
La création francophone occupe une place particulière dans le monde de la BD: elle est la principale représentante de la BD européenne, nettement distincte de l’américaine (comics) et de la japonaise (mangas), qui forment les trois grands courant de cet art. Elle a ses maîtres, ses écoles, ses génies, son langage propre, ses genres. Tous ne sont pas représentés ici, il y a des manques importants, ne serait-ce qu’Hergé, ou les auteurs d’avant-garde d’aujourd’hui, mais l’ensemble forme une sélection représentative, et qui contient parmi les plus grands.
Elle est largement suffisante pour se faire une idée de l’évolution du style, des jalons importants. On peut répartir les auteurs tout au long du siècle en 4 groupes.
Tout d’abord, les pionniers. L’inventeur de la BD n’est pas ici représenté: c’est un Suisse de Genève, du nom de Rodolphe Töpffer, qui invente le récit en image en 1827. Mais il faut attendre ensuite la toute fin du 19e siècle pour voir les premiers grands auteurs francophones, comme Christophe. Durant toute la première partie du 20e siècle, la BD prend une place de plus en plus importante dans les revues (Le petit illustré, L’épatant), mais il lui faut du temps pour créer ses codes, en particulier pour passer du «récit en images», où chaque vignette est accompagnée d'un texte explicatif en dessous, à une véritable BD (Saint Ogan, systématisation de la bulle). La plupart de ces auteurs font d’autres métiers, Christophe est professeur, d’où le pseudonyme, Rabier comptable, etc. Le métier ne nourrit pas. Le ton est exclusivement humoristique, ce sont des petits gags ou sketchs, voire des dessins d’actualité, même si Caran d’Ache et surtout Töpffer ont déjà tenté de faire des romans en image, et des œuvres plus didactiques, historiques, etc. Le style est également très marqué par les images d’Épinal, et les personnages servent souvent la propagande, en particulier en temps de guerre : les Pieds Nickelés, Bécassine, s’engagent contre le Kaiser en 14-18; l’affaire Dreyfus divise également les dessinateurs en deux camps. Certains de ces auteurs, comme Rabier et Saint Ogan inspirent Hergé, par leur style ou leurs personnages (des garçons accompagnés d’un petit animal). On peut observer déjà des innovations et des jeux sur les codes, comme les dessins qui sortent du cadre (Rabier).
Deuxième groupe, les maîtres de la bande dessinée belge, ceux qu’on peut appeler aujourd’hui les Classiques, et qui forment le goût des jeunes lecteurs francophones des années 50 et 60. Il y a quelques Français, mais l’immense majorité est belge. Certains, comme Hergé, commencent avant la deuxième guerre mondiale, mais l’essor de la BD commence véritablement après-guerre, avec l’apparition des premières revues spécialisées, consacrées à la bande dessinée : Vaillant, puis Pif en France (qui appartiennent au Parti Communiste); Tintin (éd. Du Lombard) et Spirou (Dupuis) en Belgique. Certaines, comme Spirou, existent encore.
On peut distinguer deux écoles dans la production belge de ces années :
L’Ecole dite de Marcinelle, dont les principaux représentants sont Jijé, Morris, Franquin, Peyo : ils utilisent une bulle arrondie, des dialogues simples et spontanés; c’est celle du Journal de Spirou.
L’Ecole dite de Bruxelles, celle du journal Tintin, comprend les grands maîtres (absents ici) Hergé, Edgar P. Jacobs (Blake et Mortimer), Jacques Martin (Alix), ils utilisent des bulles rectangulaires, écrivent des textes plus longs, plus académiques, souvent très documentés…; leurs représentants ici sont Cuvelier et Vandersteen.
Leur style commun est ce qu’on appelle depuis la ligne claire, qu’on attribue souvent à Hergé, inspirée de Rabier, Pinchon, Saint Ogan, les pionniers, mais qui se retrouve dans toute la BD belge de cette époque. Il s’agit d’un net trait noir qui trace les contours des personnages, entre les aplats de couleurs. Pas de dégradés, pas de trait flou, ou hachuré, un trait sobre et esthétique. Une caractéristique plus évidente encore de cette production est l’invention de Héros (éponymes des magazines, comme Mickey). Ces héros sont jeunes, ils sont reporter, savant, soldat ou sportif, et réussissent grâce à la ruse, l’intelligence, la chance, l’adresse; ce ne sont pas des super héros, justiciers aux pouvoirs souvent surnaturels: ceux-ci sont une spécialité de l’Amérique, à quelques rares exceptions près (la potion magique d’Astérix, par ex.). Le plus important à mon avis parmi ceux qui sont ici exposés est Franquin. Hergé disait: «à côté de lui, je ne suis qu’un piètre dessinateur». Il est le principal auteur du Journal de Spirou, et reprend le personnage de Spirou après d’autres. Franquin est également l’inventeur de Gaston, le garçon de bureau lunatique, gaffeur et paresseux. Le style de Franquin se distingue par son humour et sa poésie, les expressions des visages et les animaux omniprésents (il invente le Marsupilami, ici en action). Il se démarque nettement des autres maîtres par son côté subversif, qui s’affirme peu à peu et le fait abandonner le héros Spirou pour se consacrer à Gaston, puis à des séries plus sombres et caustiques, comme les Idées noires, parues dans Fluide Glacial.
Troisième groupe, ceux que j’appellerais les créateurs français des années 60 et 70, ou encore la génération Pilote, du nom de la revue où ils sont tous passés. L’aspect marquant de cette époque est la diversification, et la codification des genres: humour, western, science-fiction, histoire, etc. Certains sont encore actuels, et il y a des absents illustres, comme Jean-Claude Mézières, François Bourgeon, Philippe Druillet, ou F’murrr.
Il faut faire ici une mention spéciale pour Goscinny, parce qu’il est le véritable instigateur de cette période, parce qu’il représente une catégorie d’artistes qui ne peuvent pas être exposés, les scénaristes, et aussi parce que c’est le cinquantième anniversaire d’Astérix. René Goscinny est un génie de l’histoire humoristique, de la satire plaisante, des jeux sur la langue. Il est mort en 1977, à 51 ans, en laissant une œuvre originale connue mondialement, et en ayant beaucoup contribué à la reconnaissance et à la maturité de la BD française ou du neuvième art en général. Il est d’origine juive polonaise (le Lycée français de Varsovie porte aujourd’hui son nom) et est l’un des auteurs français les plus lus au monde. Il a permis la reconnaissance à part entière du métier de scénariste, qui n’existait pas avant lui (le dessinateur payait son scénariste). Il est surtout le créateur d’Astérix (avec Uderzo), d’Iznogoud (avec Tabary) et du Petit Nicolas (avec Sempé). Il est aussi le scénariste principal de Lucky Luke (avec Morris). En 55, il fonde avec Jean-Michel Charlier et Albert Uderzo un syndicat pour défendre les droits d’auteurs des dessinateurs, syndicat qui devient les Editions EdiFrance EdiPresse, qui lancent en 59 la revue Pilote, rachetée l’année suivante par les éditions Dargaud. Astérix apparaît dans le premier numéro de la revue, en 59. Goscinny sera rédacteur en chef de Pilote entre 63 et 74. Cette revue est la première revue de BD destinée à un public moins enfantin, plutôt adolescent voire adulte. Avec Pilote, on peut dire que la BD change de public (ou conserve son public, qui a grandi avec Pif, Tintin, Spirou, Mickey, etc., mais a alors 15 ou 20 ans). Tous les grands auteurs des années 60 et 70 passeront par Pilote. Astérix est la BD la plus traduite dans le monde (107 langues). Son personnage est un petit malin, accompagné d’un gros bêta, tous deux doués de pouvoirs magiques contre les Romains, et leur univers, une Gaule pleine de clichés, est une satire non déguisée de notre France profonde en même temps qu’un jeu sur notre vision simpliste de l’Antiquité et de nos ancêtres les Gaulois. Ceux-ci aiment se battre, discuter, ils sont curieux, vantards et un peu chauvins, mais tout finit toujours par un banquet, parce que les Français sont d’abord, depuis Rabelais, des bons vivants. Après Goscinny, la série perd nettement de son intérêt, la complaisance s’installe, et les clichés semblent pris au pied de la lettre.
Parmi les autres grands présents ici, on peut s’attarder un peu sur Gotlib, qui a un humour propre et a inventé ou rendu célèbre en France des procédés devenu classiques depuis, comme le gag à répétition (Newton et sa pomme) ou le petit détail d’arrière plan (la coccinelle). Il crée Fluide Glacial en 75, la seule revue de cette époque qui existe encore aujourd’hui. Également sur Fred: il est surtout célèbre pour avoir créé dans Pilote la série Philémon, extrêmement originale, poétique, humoristique, onirique, nourrie de référence littéraires (Lewis Caroll, etc.); son personnage voyage sur les lettres de l’océan atlantique, telles qu’elles apparaissent sur une carte, avec des moyens les plus inattendus (par le petit bout d’une longue-vue, etc.) pour vivre des aventures littéraires et symboliques (corrida contre un piano à queue, enfermé dans un zèbre-geole, etc.). Mais je mettrai surtout à part Jean Giraud, alias Moebius, le plus grand dessinateur français à mon avis. Il apparaît deux fois ici, et on a du mal à reconnaître qu’il s’agit du même. Sous le nom de Gir ou Giraud, il dessine un western réaliste, Blueberry, et son style se reconnaît par la profusion des traits et des détails, et un travail de cadrage très savant. Sous le nom de Moebius, il dessine de la science fiction, comme la série L’Incal, et son trait est beaucoup plus aéré, dans un style onirique, hallucinatoire, presque métaphysique.
Enfin, quatrième groupe, les artistes les plus récents, qu’on peut appeler la nouvelle vague, même s’il n’y a pas d’homogénéité entre eux, au contraire. La diversité des styles et des genres augmente encore, entre les approches intimistes, les parodies, les retours au classicisme, le réalisme, etc. Il manque ici les plus récents, toute la BD « underground », qui travaille en particulier le noir et blanc et l’autobiographie (Satrapi, Persépolis), les grands d'aujourd'hui, qui étonnent par leur immense productivité et leur capacité à encore innover, Sfar, Trondheim, Larcenet, etc. Il manque aussi les représentants d’un genre dominant aujourd’hui, le médiéval fantastique, inspiré de Tolkien, mais qui reste souvent un produit commercial (éditions Soleil). Mais la production actuelle est si énorme qu’elle ne peut plus être résumée en quelques planches.
Parmi ceux qui sont ici, ont peut distinguer trois créateurs majeurs des années 80 - 90, mais qui sont en réalité plus proches de la génération Pilote que des avant-garde actuelles :
Bilal, commence dans Pilote, avec Pierre Christin comme scénariste, et dessine des œuvres monumentales, fortes, tantôt fantastiques, tantôt réalistes, toujours très politiques (Les Phalanges de l’Ordre noir, Partie de chasse, etc.). Il crée en 80 La foire aux immortels, qui deviendra une trilogie, dans un univers futuriste apocalyptique, où les dieux égyptiens ont besoin de carburant pour leur pyramide, que le dictateur de Paris veut échanger contre l’immortalité. En 98, Le Sommeil du monstre lance une autre série futuriste, marquée par la guerre en ex-Yougoslavie, le terrorisme, l’obscurantisme, la quête de la mémoire. Son style est très personnel, très esthétique, très cinématographique, marqué par des obsessions: le fanatisme religieux terroriste, la guerre, le totalitarisme, le changement climatique, les mutations génétiques, … Il crée des décors et des costumes pour des films ou des ballets, et fait aussi du cinéma.
Tardi vise un public adulte et cultivé. Ses sujets tournent autour de la guerre de 14, Paris, les anarchistes, la révolte, les monstres. Son univers est assez sombre, très documenté, il travaille en particulier presque comme un historien sur la guerre des tranchées. Il adapte beaucoup d’œuvre littéraires (Céline, Léo Malet, etc.). Tardi et Bilal sont tous deux dans la sélection du Prix des lycéens cette année.
Schuiten a aussi un univers très caractéristique, fantastique et sensuel, tout en verticales, en perspectives, en trompe l’œil, et lui aussi des thèmes obsessionnels: le vol, la ruine, l’architecture, le mystère, la quête. Il dénonce les méfaits de la bureaucratie, avec des héros perdus dans des villes, des histoires, des univers dignes de Kafka ou Borges.
Je vous remercie de votre attention, j’espère ne pas vous avoir trop ennuyé, et vous avoir donné un peu envie de vous plonger dans cette création originale et diverse; je me tiens à votre disposition pour répondre à des questions ou pour une visite guidée plus précise. Mais les planches parlent d’elles-mêmes, et vous verrez que chaque œuvre exposée est accompagnée d’une notice explicative, qui résume l’essentiel.
Comme on dit au pays des comics, enjoy, disfruten
Ont servi, pour rédiger ce texte, les sites suivants: Wikipédia (dates, titres...) et le site BDMix du Ministère des Affaires étrangères et la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image.
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